Observer et noter
Décrire un ciel demande quatre informations et rien de plus : la nébulosité, les genres présents, leur hauteur, et ce que la lumière fait. Le reste, espèces et variétés, s'ajoute quand on est sûr, et seulement alors.
- Dix genres
- Quinze espèces
- Neuf variétés
La classification internationale fonctionne comme une clé de détermination botanique. On part du niveau le plus général, le genre, et l'on descend tant que l'observation le permet. Personne n'est tenu d'aller jusqu'au bout : une note qui dit « altocumulus » est juste, une note qui dit « altocumulus stratiformis perlucidus » est plus précise, et une note qui invente une espèce parce qu'elle sonne bien est fausse.
Les cinq niveaux de description
- Le genre : dix possibilités, exclusives les unes des autres. Un nuage appartient à un seul genre.
- L'espèce : décrit la forme et la structure interne. Un nuage n'a au plus qu'une espèce.
- La variété : décrit l'arrangement des éléments et la transparence. Un nuage peut en cumuler plusieurs.
- Les particularités supplémentaires et les nuages annexes : incus, mamma, virga, praecipitatio, arcus, tuba, asperitas, cavum pour les premières ; pileus, velum, pannus, flumen pour les seconds.
- L'origine : le suffixe genitus indique un nuage né d'un autre, mutatus un nuage issu de la transformation complète d'un autre. Le préfixe homo désigne une origine humaine, comme dans cirrus homogenitus pour les traînées de condensation persistantes.
Le nom complet s'écrit dans cet ordre, du plus général au plus particulier : genre, espèce, variété, particularités. Par exemple stratocumulus stratiformis perlucidus undulatus, ou cumulonimbus capillatus incus.
Les quinze espèces
| Espèce | Ce qu'elle décrit | Genres concernés |
|---|---|---|
| fibratus | Filaments droits ou incurvés, sans crochet | Ci, Cs |
| uncinus | Filaments terminés par un crochet | Ci |
| spissatus | Assez épais pour paraître gris vers le soleil | Ci |
| castellanus | Tourelles verticales sur une base commune | Ci, Cc, Ac, Sc |
| floccus | Petits flocons à base effilochée | Ci, Cc, Ac |
| stratiformis | Étalé en nappe horizontale étendue | Cc, Ac, Sc |
| nebulosus | Voile sans détail apparent | Cs, St |
| lenticularis | En lentille ou en amande, bords lisses | Cc, Ac, Sc |
| volutus | Tube horizontal détaché, qui roule sur lui-même | Ac, Sc |
| fractus | Déchiqueté, sans contour net | St, Cu |
| humilis | Plus large que haut, extension verticale faible | Cu |
| mediocris | Extension verticale modérée | Cu |
| congestus | Bourgeonnant, nettement plus haut que large | Cu |
| calvus | Sommet qui perd ses contours de chou-fleur | Cb |
| capillatus | Sommet fibreux ou strié, souvent en enclume | Cb |
Les neuf variétés
| Variété | Ce qu'elle décrit | Genres concernés |
|---|---|---|
| intortus | Filaments enchevêtrés, orientés au hasard | Ci |
| vertebratus | Disposition en arête de poisson | Ci |
| undulatus | Ondulations régulières de la couche | Cc, Cs, Ac, As, Sc, St |
| radiatus | Bandes parallèles qui semblent converger à l'horizon | Ci, Ac, As, Sc, Cu |
| lacunosus | Trous à bords frangés, aspect de filet | Cc, Ac, Sc |
| duplicatus | Plusieurs couches superposées à des niveaux voisins | Ci, Cs, Ac, As, Sc |
| translucidus | Assez transparent pour laisser voir le soleil ou la lune | Ac, As, Sc, St |
| perlucidus | Nappe percée d'interstices laissant voir le ciel | Ac, Sc |
| opacus | Assez opaque pour masquer complètement le soleil | Ac, As, Sc, St |
Une observation honnête vaut mieux qu'une observation complète. Notez ce que vous voyez, laissez vide ce dont vous doutez. Règle de tenue du carnet
La nébulosité se compte en octas
La quantité de ciel couverte s'exprime en huitièmes, appelés octas. On imagine la voûte céleste découpée en huit parts, on rassemble mentalement tous les nuages d'un côté, et on lit le résultat. Zéro signifie un ciel sans nuage, huit un ciel entièrement couvert. Une neuvième valeur existe, réservée au cas où le ciel n'est pas observable, par brouillard ou chute de neige.
| Octas | Description | Code aéronautique |
|---|---|---|
| 0 | Ciel clair | SKC |
| 1 à 2 | Ciel peu nuageux | FEW |
| 3 à 4 | Ciel nuageux | SCT |
| 5 à 7 | Ciel très nuageux | BKN |
| 8 | Ciel couvert | OVC |
| 9 | Ciel invisible, masqué par un phénomène | Sans objet |
L'erreur classique consiste à surestimer la couverture, parce que les nuages proches de l'horizon sont vus de biais et paraissent jointifs. Le remède est simple : évaluez d'abord la partie du ciel située au-dessus de 45 degrés de hauteur, puis corrigez à la marge.
Mesurer un angle sans instrument
La main tendue est un rapporteur suffisant pour tout ce que décrit ce site. Les valeurs suivantes valent pour un bras tendu, quelle que soit la taille de la personne : une main plus grande est portée par un bras plus long, et le rapport reste constant.
| Geste | Angle couvert | À quoi cela sert |
|---|---|---|
| Auriculaire seul | Environ 1° | Séparer cirrocumulus et altocumulus |
| Trois doigts serrés | Environ 5° | Séparer altocumulus et stratocumulus |
| Poing fermé | Environ 10° | Estimer la hauteur d'un nuage sur l'horizon |
| Main ouverte, pouce à auriculaire | Environ 20° | Vérifier le rayon d'un halo |
| Deux mains ouvertes | Environ 40° | Trouver la hauteur d'un arc-en-ciel |
Ce que contient une bonne note
Un carnet d'observation n'a d'intérêt que s'il permet de comparer deux jours, deux saisons, deux années. Cela impose quelques constantes, toujours les mêmes, notées dans le même ordre.
- La date au format jj/mm/aaaa et l'heure, en précisant s'il s'agit de l'heure légale ou de l'heure universelle.
- Le lieu et la direction du regard. Un ciel décrit sans direction perd la moitié de son sens, puisque le temps arrive d'un côté.
- La nébulosité en octas, et si possible par étage.
- Les genres présents, avec espèces et variétés si l'identification est certaine.
- Les particularités : virga, praecipitatio, incus, mamma, arcus.
- Les phénomènes lumineux, avec l'angle mesuré et la position par rapport au soleil.
- La visibilité et le vent, même approximatifs.
- L'évolution depuis la note précédente : c'est la ligne la plus utile de toutes.
Estimer la base d'un cumulus
Si vous disposez de la température et du point de rosée, comptez environ 125 mètres par degré Celsius d'écart entre les deux. Avec 22 °C et un point de rosée de 10 °C, l'écart vaut 12 degrés et la base se situe vers 1 500 mètres au-dessus du sol. La méthode ne vaut que pour les cumulus, qui naissent des ascendances issues du sol, et pas pour les couches d'altitude.
Trois exercices pour commencer
- Une note par jour à heure fixe, pendant un mois. La régularité apprend plus que l'intensité : au bout de trente jours, la succession des types de temps devient lisible.
- Le test du soleil. Chaque fois que le ciel se couvre, demandez-vous si le soleil est visible, s'il projette une ombre, et s'il porte un anneau. Trois réponses, et l'étage est trouvé.
- La mesure systématique. Devant toute nappe de galets, tendez le bras avant de nommer. C'est le geste qui corrige le plus d'erreurs.
Où vérifier
La référence officielle est l'Atlas international des nuages de l'Organisation météorologique mondiale, dont l'édition 2017 est consultable en ligne et contient la définition de chaque genre, espèce, variété et particularité, accompagnée de photographies validées : cloudatlas.wmo.int. Les définitions de brouillard, de brume et de nébulosité employées ici en sont issues, comme les hauteurs d'étages selon la latitude.